

« — Qu'est-ce que tu as pour moi aujourd'hui, Merlac ?
Un mince sourire barre le visage usé du marchand, lequel appuie son regard clair sur son client, ménageant sa réponse d'un court silence. Sans un mot, voilà qu'il fait signe à l'autre de le suivre à l'arrière de la boutique, à l'abri des regards indiscrets. Le parquet grince sous les bottes des deux hommes, la poussière vole au passage de leurs capes. Le dénommé Merlac s'approche d'un meuble de bois ouvragé, ouvre un tiroir en balayant la pièce d'un coup d'œil circulaire – comme s'il avait craint de voir leur tranquillité dérangée par quelques curieux inopportuns. Ce n'est pourtant qu'un coutelas de la taille d'une main qu'il extirpe de la cachette, lame d'une banalité affligeante qu'il présente à l'autre comme s'il s'était agi d'un bien particulièrement précieux. Celui-ci affiche d'ailleurs une mine perplexe, l'air vaguement déçu par la trouvaille du marchand.
— Un couteau ? Vraiment ?
— Oh, pas n'importe lequel. Tu crois que je t'aurais demandé autant de prendre autant de précautions pour venir, s'il s'était agi d'une lame comme une autre ? Fait Merlac d'un air énigmatique.
Devant lui, le visage de l'homme prend alors une expression toute autre, presque éberluée.
— Ne me dis pas que c'est...
Il ne finit même pas sa phrase, le regard se posant sur l'artefact avec un respect bien plus grand cette fois. Il tend la main, se ravise, interroge le marchand du regard. Je peux ? Semble t-il demander silencieusement, les doigts comme en suspens. Le commerçant lui tend le coutelas avec délicatesse ; ses yeux brillent d'une lueur étrange, celle des vaniteux exaltés à l'idée de présenter leur trésor le plus précieux. Et après une rapide manipulation, le sorcier relève les yeux.
— Je commençais à croire que c'était une rumeur, Admet-il. Qu'est-ce qui me fait croire que c'est vraiment l'un d'entre eux ?
— Veux-tu que je te montre, Perkins ?
— Tu l'as déjà utilisé ?
— Il fallait bien m'assurer qu'il fonctionnait.
Le dénommé Perkins a hoché la tête, et rendu le précieux objet au marchand, lequel s'en est saisi presque à la manière d'une baguette. Se dirigeant alors vers un vieux miroir poussiéreux, il s'est placé devant, talonné par l'autre homme qui observait. Voilà alors qu'il tend le bras vers le reflet, l'air concentré ; puis d'un geste vif, le poignard semble lacérer la surface réfléchissante qui pourtant ne se brise pas. Non, c'est comme couper dans un tissu un peu rêche, car c'est autre chose qu'il vient de déchirer, quelque chose de bien plus étrange, de plus inattendu. Une vague lueur jaunâtre jaillit de l'accroc, qui disparait au bout d'une ou deux secondes pour laisser entrevoir ce qui semble être l'intérieur rustique d'une maison. L'air satisfait, Merlac se retourne vers son client et lui adresse un sourire satisfait.
— Bienvenue en 1921, Perkins. Tu peux aller vérifier par toi-même, mais attention à l'heure : si tu ne rentrais pas assez vite, tu pourrais bien y rester. »

